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mercredi 22 octobre 2014

Les Mayas


Les Mayas

Hello tout le monde ! Au Quai Branly vient de débuter une exposition qui durera jusqu’au dimanche 8 février 2015,

« Mayas, Révélations d’un temps sans fin 



C’est donc l’occasion pour moi de vous parler de cette merveilleuse et encore mystérieuse civilisation !

Pour vous, l’histoire des Mayas peut se résumer à ça :



Bon, je ne peux pas vous jeter la pierre, on l’a tous cru ! Mais redevenons sérieux !
Selon la théorie scientifique la plus couramment admise, les Amérindiens sont originaires d’Asie. Il y a au moins 20 000 ans, ils arrivent par le détroit de Béring, lors d’une glaciation qui rend possible le passage à pied de Sibérie en Alaska. Les premiers Amérindiens sont des nomades qui vivent de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Ah, les bonheurs simples de la vie !
Vers 6 000 ou 5 000 avant J.-C., certaines tribus découvrent l’agriculture ! Les premiers villages se forment donc, chacun se fait son petit pavillon. Au même titre que la Mésopotamie, l’Egypte ou la Chine, le Pérou est l’un des plus anciens foyers de civilisation du monde. Non, pas que pour les lamas, pour les humains, aussi !
Et nos amis qui viennent de découvrir l’agriculture vont cultiver des produits inconnus alors dans la Vieille Europe : les pommes de terre ! Eh oui, les frites, purées, patates vapeur dont vous vous délectez aujourd’hui, et à juste titre parce que c’est trop bon, viennent des Amériques. Le maïs également. En revanche, les Amérindiens ne connaissaient pas du tout le blé, le riz ou encore l’orge.
Petite originalité : les Amérindiens connaissaient la roue, mais ne s’en servaient pas ! Ils fabriquaient des jouets avec des roulettes  mais pas de chariots pour transporter leurs récoltes… Les Olmèques semblent en être les inventeurs. C’est la première grande civilisation amérindienne, qui rayonnera à partir de -1 200 et qui déclinera progressivement pour disparaître aux alentours de 400 avant J.-C.



jouet pour petits enfants olmèques
L’animal fétiche des Amérindiens… est un chachounet : le jaguar ! Meooooow !  Ce prédateur, le plus grand félin d’Amérique, (mesurant près de 2 mètres et pesant jusqu’à 160 kg, s’il-vous-plaît !), est l’animal qui a le plus marqué l’esprit des peuples amérindiens : doté de sens très aiguisés, capable de se camoufler dans la jungle, il vit dans des tanières souterraines et chasse à la tombée du jour. Ces éléments ont donc fait de lui un être totalement à part : il est devenu l’intermédiaire entre le monde visible des hommes et le monde invisible des esprits, le médiateur entre le jour et la nuit.


« L’autel des jaguars », à Uxmal
Les Amérindiens sont également connus pour avoir créé des bijoux magnifiques, d’une grande délicatesse, et d’une finesse à faire pâlir des joailliers actuels ! Ils confectionnent de nombreux bijoux en or et en argent de grande qualité, et sculptent avec talent des pierres semi-précieuses comme le jade, le cristal de roche et la turquoise.


Un exemple de l’artisanat d’art des Mayas : une parure en jade.

Leur civilisation est tellement riche que je devrais prendre un temps infini pour vous décrire toutes les facettes de ce peuple qui a produit tant de merveilles ! Alors je vais simplement vous conseiller, si vous êtes curieux d’en apprendre plus, de consulter les ouvrages de la bibliothèque qui en parlent !




A bientôt pour de nouvelles aventures !
Bérengère

vendredi 3 octobre 2014

Niki de Saint Phalle au Grand Palais

 Le Grand Palais a été construit pour l'exposition universelle de 1900 sur l'avenue des Champs-Elysées.
En 1894, un concours d'architecture est lancé mais aucun projet fait l'unanimité alors les organisateurs vont prendre les idées de trois architectes : ainsi la partie principale du Grand Palais est pensée par Henri Deglane, la partie intermédiaire est d'Albert Louvet et la partie postérieure qui abrite l'actuel Palais de la découverte est d'Albert Thomas. Ce projet sera coordonné par Charles Girault.
Les travaux vont commencer en 1897 avec l'aide de 1500 ouvriers qui vont travailler d'arrache pied pour finir à temps l'édifice.
Ainsi à l'exposition universelle de 1900, le Grand Palais remporte un succès phénoménal avec son alliance d'acier, de pierre et de verre.
Ce musée va vivre de grands choses durant le XXe siècle ; durant la première guerre mondiale, il sera même transformer en hôpital militaire.
A la fin de la seconde guerre mondiale, le 23 août 1944, un incendie va se déclarer et détruire les combles métalliques et tordent les poteaux de la Nef.
En 1975, la Nef est classée monument historique et tout le batiment le sera en 2000. Depuis 2001, des travaux de restructuration et de restauration sont mis régulièrement en chantier pour embellir et sauvegarder l'édifice.
Le Grand Palais propose au public de nombreuses expositions variées et actuellement c'est Niki de Saint Phalle qui est à l'honneur.
Depuis le 17 septembre jusqu'au 2 février 2015, vous pouvez aller découvrir cet artiste qui est à la fois plasticienne, sculptrice et réalisatrice de films.
Niki de Saint Phalle était une artiste aux multiples facettes connue surtout pour ces Nanas aux formes généreuses dont certaines étaient si grandes que l'on pouvait rentrer dedans mais elle a expérimenté aussi d'autres procédés qu'ils lui permettaient d'exorciser son mal de vivre.


Par exemple, derrière des reliefs en plâtre, elle mettait des sacs en plastiques remplis de peinture puis elle tirait dessus pour réaliser des "tableaux-cibles". 


Niki de Saint Phalle est née en France en 1930, d'un père français et d'une mère américaine mais elle a grandi aux Etats-Unis. Pour sa famille, elle devait devenir une épouse parfaite mais déjà enfant, elle était une rebelle et à 18 ans, elle commença à travailler en tant que mannequin.
Elle épousera en 1950 Harry Matthews dont elle divorcera en 1960 car elle avait rencontré l'artiste suisse Jean Tinguely. Ensemble, ils allaient créer des sculptures monumentales comme le Cyclop


En 1991, Jean Tinguely mourut et Niki de Saint Phalle rentra aux Etats-Unis où elle créera un nouveau jardin de sculptures en Californie, inspiré par la culture des Indiens d'Amérique notamment de la légende de Califia.
Niki de Saint Phalle a eu une vie très riche. Pour poursuivre cette découverte, vous pouvez aller voir l'exposition à Paris ou lire le documentaire que nous possédons.


 

Valérie

mercredi 2 juillet 2014

Gustav Klimt : dernière partie

 4)                  Le fauvisme

En 1909 Vienne découvre la nouvelle génération des artistes viennois. Ils sont, pour la plupart, fascinés par Gustav Klimt et son œuvre. Cependant ils sont différents de lui, il a évolué. Les deux artistes les plus représentatifs de cette nouvelle vague sont Egon Schiele et Oskar Kokoscha. Certes ils sont inspirés par Gustav Klimt mais ils vont aussi réussir à l’influencer.
D’autres artistes vont l’influencer, ils viennent de toute l’Europe. Ainsi il découvre Van Gogh, Edvard Munch, Lovis Corinth, Pierre Bonnard ou encore Henri Matisse. En 1909 Gustav Klimt fait même un voyage à Paris. C’est un voyage qui sera déterminant car il découvrira et s’inspirera de Toulouse Lautrec dans ses œuvres futures.
Cette année est déterminante pour son art qui effectue un virage prononcé. C’est le moment où il se rend compte de la limite de son art. Il se dit qu’il faut qu’il évolue et que le doré a des limites qu’il doit dépasser. Ainsi, la période dorée n’est plus. Il diminue fortement la part du doré dans son œuvre.
Il va se remettre à faire de nombreux paysages qui seront empreints de ses influences. 
En 1912 il peint L’Allée dans le parc de Schloss Kammer. Avec un format carré typique des paysages (huile sur toile de 110 cmX110 cm).
A la vue de ce tableau on a une impression d’harmonie. L’homme n’est pas présent mais le bâtiment au fond rappelle que c’est un lieu exploité par lui. Cependant cela n’enlève en rien le sentiment de quiétude que l’on a à la vue d’un paysage. La palette des couleurs rappelle clairement les couleurs récurrentes dans le fauvisme. Les couleurs sont quand même nettement plus claires et estompées. Le jaune et le vert sont très présents et rappellent les tons pastels. 
Ses influences ne sont pas uniquement présentes dans les paysages. En 1909 il peint un autre tableau fortement influencé par Toulouse Lautrec : Femme au chapeau et boa de plumes.
Ce tableau n’est pas un paysage et pourtant il représente la même rupture dans son art.
On voit bien qu’il n’y a plus une touche de doré, plus de formes géographiques abruptes et prononcées. L’expressionnisme l’a fait se questionner sur les limites du doré et de ses représentations féminines. Le portrait de cette femme ne dévoile rien de sa nudité, elle ne regarde pas le spectateur droit dans les yeux. La palette et la touche sont clairement nouvelles dans l’art de Gustav Klimt. Le portait n’est pas un nouvel exercice pour lui mais il fait désormais preuve de nettement plus de réalisme même s’il garde toujours un aspect décoratif par la touche. La Femme au chapeau et boa à plumes montre bien que Gustav Klimt représente désormais des tableaux moins abstraits.
Portrait de Fredericke Maria Beer. Huile sur toile. 168 cm X 130 cm : 1916.


Dès le premier coup d’œil on comprend bien en quoi cette œuvre représente une rupture dans son art. Le portrait de cette femme est imposant. La ligne d’horizon est basse ce qui donne un caractère massif à sa présence. Sa robe est exotique et colorée ce qui se réfère clairement au fauvisme. Les contrastes et les couleurs denses affirment cet aspect. La rupture est aussi marquée par l’expression de la femme. Elle semble être pleine d’assurance et d’une inquiétude froide. Certains historiens de l’art on expliqué la présence de sabres en arrière plan comme une inquiétude en ces temps de guerre, puisque l’œuvre est créée deux ans après le début de la première Guerre Mondiale.
1917-1918 : Adam et Eve, huile sur toile inachevée.

Notre cher Klimt est toujours attaché aux allégories, même si son art a évolué. Il nous propose ici sa vision du couple biblique formé par Adam et Eve. On peut d'ailleurs voir qu'il met toujours la présence de la femme en avant, qui nous regarde d'un air quelque peu aguicheur. Klimt n'a donc pas non plus abandonné la provocation !
Cette oeuvre restera inachevée, du fait du décès de Gustav, en janvier ou en février (les histoires divergent) de l'année 1918. Ce qui est sûr, c'est qu'il ne verra jamais la fin de la Première Guerre Mondiale.
Il aura passé une vie mouvementée ce garçon ! Jamais marié, il connut de nombreuses maîtresses, et on lui connaît 14 enfants illégitimes officiels.
Il est l'exemple même de l'artiste qui a connu les changements de goûts de son époque : d'abord on l'adore, ensuite on le déteste, ensuite on l'adore. Il ne se laissera jamais influencer par la mode et nous livre une oeuvre d'une richesse incroyable.
Je vous invite à feuilleter les ouvrages sur Klimt que nous avons à la bibliothèque.


Voilà pour vous ! A bientôt pour d'autres découvertes !
Bérengère.

vendredi 6 juin 2014

Gustav Klimt : troisième partie.

3)               La période dorée : 1903 à 1909

C’est cette période qui, par la suite, restera dans les mémoires du public, quand on évoque la peinture de Klimt : des toiles claires, brillantes où les personnages sont peints dans des postures très originales, et sont entourés de volutes multicolores, sur des toiles de grand format.
Tout comme avant de changer de période et de passer dans la Sécession, Klimt a connu un changement assez singulier d’esthétique avant de passer réellement dans la période dite dorée.
Les premières prémices de ce changement se voient dans la toile nommée Judith et Holopherne qui date de 1901.

 On voit sur cette toile une femme, qui est à la fois très belle mais aussi très sûre d’elle, très inquiétante et très sensuelle. Elle met le menton en avant, d’un signe de défi, elle a les yeux presque clos, en signe de sensualité. On peut voir ses seins, dont un entièrement dénudé. L’œil du spectateur est frappé par les éléments dorés du tableau, dont le cadre où le titre est inscrit. Il faut suivre le bras droit de la femme pour trouver la tête de sa victime, Holopherne, qu’elle a elle-même décapité, selon la légende. Klimt n’a pas représenté la décapitation elle-même mais plutôt la satisfaction de Judith après qu’elle a décapité Holopherne. Le tableau ne porte donc aucune trace de sang. Tout l’accent est mis sur la femme, et sur l’idée qu’en a Klimt : une créature à la fois belle et inquiétante, sensuelle et froide. Le tour de cou doré de Judith donne aussi l’impression que sa tête est détachée de son corps : de là à y voir un rappel de la décapitation…


Mais l’œuvre qui marque cette transition de façon encore plus poussée et dont j'ai parlé dans le précédent article s’appelle la Frise Beethoven, en 1902. Elle a des dimensions dantesques : 2.16 m de haut et 29.95 m de long. Par conséquent, je ne mettrai que certains détails de la frise en photos.
Elle a été construite, plus que peinte, puisqu’elle fait appel à des matériaux différents tels que le plâtre, la nacre, les roseaux, l’or, les pierres semi précieuses.
Cette frise cherche à exprimer en images la Neuvième Symphonie de Beethoven, et s’inscrit dans un travail plus large, puisque ses amis de l’atelier vont monter une exposition qui tourne autour d’une statue du compositeur faite par Klinger. Pour cela, Klimt s’inspire d’un article écrit par Richard Wagner, qui a mis des mots sur cette symphonie. Ces mots racontent une histoire, et c’est cette histoire que Klimt met en images dans sa frise.
Le sujet de la frise est simple et tourne autour du fait que l’Homme recherche le bonheur. La frise met en scène un personnage : dans le détail 1, on voit un homme qui, vêtu comme un chevalier, dans une armure entièrement dorée représente l’humanité qui part à la quête du bonheur. Il est poussé par le Destin, et semble choisi pas les dieux (les deux personnages au-dessus de sa tête).
Cet homme va devoir traverser et vaincre de nombreux dangers pour arriver au salut de l’Homme. C’est ce que l’on peut voir dans le détail 3, avec le monstre en forme de singe, les femmes rousses et très sensuelles qui représentent la luxure et la présence de serpents qui évoquent le mal.
Or dans la frise, on voit que l’homme arrive à vaincre ces obstacles, aidé en cela de la personne que l’on voit sur le détail 2 : la Poésie, reconnaissable grâce à sa lyre. Elle est là pour le guider à travers les épreuves. Enfin, quand le chevalier a passé toutes les épreuves, il peut rencontrer l’amour et sceller cet amour dans une étreinte passionnée, dans un baiser qui signe la victoire de l’Humanité sur le mal (détail 4).
Le problème est que l’œuvre est surchargée d’allégories que le public n’a pas comprises, et l’absence de perspective a troublé grandement les spectateurs qui ont rejeté en bloc l’exposition sur Beethoven.

1905 : Les trois âges de la femme
Voici la toile qui exprime un thème régulier de l’œuvre de Klimt : une enfant, une femme jeune, et une femme vieille, avec toutes les questions sur l’impossibilité d’échapper à la vieillesse et à la mort.
  






1907-08 : Danaé
  On retrouve un thème mythologique, qui nous renvoie à ses débuts. C’est un épisode de la mythologie grecque, très sensuel puisqu’on voit Danaé qui reçoit la pluie de pièces d’or de Zeus entre ses cuisses. La pose est très érotique, on voit un sein, on voit la jeune femme d’un angle très peu banal, puisqu’on voit sa cuisse relevée au premier plan du tableau. La pluie de pièce est dorée, les cheveux de Danaé sont roux, d’un roux flamboyant qui représente la sensualité et l’érotisme. Ici Klimt brise un des tabous de l’époque : la représentation de la jouissance sexuelle de la femme.

1907-08 : Le Baiser
  Ce tableau est considéré comme le chef d’œuvre de Klimt, et c’est celui que tout le monde a à l’esprit quand on parle de lui. C’est cette toile qui symbolise la période dorée. Le format de cette toile est carré, on a un couple enlacé, dans  une étreinte qui semble à première vue être de l’amour. L’homme prend possession de la femme en prenant son visage fermement entre ses mains. La femme a une posture figée, ses mains sont crispées, et son visage est inexpressif. Ses orteils sont crispés au bord de ce qui semble être un précipice.
De ce tableau se dégage une atmosphère inquiétante, où la vision de l’amour est atténuée par une vision plus angoissante, qui dit au spectateur que tout peut finir précipitamment, que la mort est toujours associée à l’amour.
Voilà pour la période dite dorée de notre cher Gustav ! 
Il nous restera encore une dernière période à décortiquer ensemble, sa période Fauve ! "Roooaaoooaoaoaoaoarr", me direz-vous ! Ah non, pas ce fauve-là ! 
Quels blagueurs vous faites ! A bientôt ! 
Bérengère.

vendredi 4 avril 2014

Gustav Klimt : 2ième partie

Retour sur l’œuvre de Gustav Klimt ! Nous en étions restés à ses œuvres de jeunesse, et là nous allons aborder la période dite de la Sécession.
L’œuvre de transition qui marque ce changement se situe en 1895 et s’appelle l’Amour.

Cette œuvre est déterminante pour la suite de la carrière de Klimt. On a un changement sensible dans l’esthétique : les personnages sont habillés comme des contemporains viennois du peintre. De plus il flotte dans l’air une ambiance plutôt inquiétante que l’on ne trouvait pas auparavant. Deux panneaux latéraux dorés encadrent un panneau central très sombre, ce qui produit un important contraste de luminosité sur la toile. Au-dessus de la tête des amants, on voit des visages, une enfant, une femme d’un jeune âge et une vieille femme. C’est l’apparition dans l’œuvre de Klimt d’un thème qui lui est cher : les trois âges de la femme, ainsi que le côté inquiétant de l’amour qui se rapproche toujours de la mort. On retrouvera ensuite également son goût prononcé pour le doré dans ses toiles.
2) La Sécession : de 1897 à 1903
            En 1897 c’est l’apogée du malaise artistique à Vienne. 40 membres de la Kûnstlerhaus démissionnent et fondent la Sécession. Klimt en est désigné président. C’est un mouvement qui veut la liberté et la modernité dans l’art, et surtout son indépendance par rapport à la sphère économique. Il veut faire rayonner l’art viennois en franchissant les frontières et en menant la société viennoise à l’art européen. Les artistes de la Sécession souhaitent que l’art fasse adhérer l’Homme à une nouvelle conception de lui-même dans son environnement.
Afin de réussir ces missions, la Sécession va mettre plusieurs actions en œuvre. Dès 1898, elle crée une revue : Ver Sacrum ("Printemps Sacré", en latin). Sa publication sera intense pendant près de 2 ans et relayera les idées de la Sécession. Le mouvement se dote d’un emblème physique : le palais d’exposition de Vienne. La première exposition de la Sécession a lieu en mars 1898. Gustav Klimt a créé l’affiche de cette exposition : Thésée tuant le Minotaure.

Sous les yeux d’Athéna, déesse de la sagesse et des arts, on assiste à la scène de Thésée tuant le Minotaure. Les Viennois doivent y voir la libération des arts. Les fils se retournent contre les
pères. La Sécession vainc l’Historicisme. Cependant Klimt utilise toujours les éléments mythologiques afin de rendre les messages et les idées de ce mouvement en marge du courant officiel. L’affiche représente une rupture dans les faits qui l’est moins dans le style.
Cette exposition ouverte sur l’Europe a vu de nombreux visiteurs et remporté un grand succès.
A partir de là naît le style Sécession et son adage 
« A chaque époque son art, à l’art sa liberté ».
Le mouvement s’ouvre d'ailleurs au mécénat.
Dès 1898 Gustav Klimt reçoit une commande afin de décorer le salon de musique d’un hôtel particulier. Pour cela il produit deux tableaux : La Musique II, à gauche de Schubert au piano.

Schubert au piano
Cette œuvre se situait à la droite de La Musique II. La scène représente le pianiste Schubert qui était un artiste apprécié des Viennois. On assiste ici à une scène conviviale où les invités écoutent une mélodie en toute quiétude.  On perçoit la modernité dans les inspirations de Klimt et dans sa touche. Les vêtements et la lumière qui émane de cette scène semblent inspirés de l’impressionnisme. Les conservateurs ont bien reçu cette œuvre représentant l’harmonie de la bonne société. Ils semblent davantage ouverts aux évolutions artistiques européennes qui font désormais sens chez les nouvelles générations viennoises.

Lors de la deuxième exposition de la Sécession, Gustav Klimt  présente Pallas Athena.
Athéna est représentée ici en femme fatale, sensuelle et rousse. Elle ne tient pas Niké (la déesse de la Victoire) dans sa main droite mais la Nuda Veritas (la Vérité Nue). Cette Vérité est représentée en chair et en os...et nue. La réception de l’œuvre est déroutante. Le caractère mythologique d’Athéna n’est plus aussi évident. Athéna est ici séduisante et menaçante. En même temps qu’érotique, elle est lointaine puisque non humaine.
L’œuvre a été reçue par un gros malaise et une forte hostilité. La Nuda Veritas sera réutilisée plus tard par Gustav Klimt (Nuda Veritas, 1899).

       En 1894 Gustav Klimt s’est fait commander des allégories par le
ministère de l’enseignement. Celles-ci devaient se situer sur les plafonds des halls de facultés viennoises. Il met en place ces allégories avec l’aide de Franz Matsch, dont on a déjà évoqué le nom. Il crée donc La Philosophie, La Médecine et La Jurisprudence.
 Ci-contre :  La médecine : 1907 (version définitive).
A droite on observe les différents cycles / états de la vie, à travers des femmes et seulement deux hommes qui sont de dos. On voit des femmes enceintes, la maternité, l’innocence puis la vieillesse et la laideur. En bas au centre, la déesse de la guérison se tient droite face au spectateur. De ce fait elle est dos à la masse informe qui se tient en souffrance
derrière elle. Elle porte un regard hiératique sur le spectateur. Elle semble vouloir exprimer sa toute puissance, le choix qu’elle a de sauver ou non les âmes et corps qui souffrent. Le plafond du hall de la faculté de médecine devait être décoré de cette représentation. Mais ici la santé tient à la volonté d’une puissance divine. Ça va à l’encontre des idées de la médecine qui est une science dure destinée à guérir les maux. Les commentateurs contemporains y ont vu la critique du positivisme bourgeois contre la nature. A partir de ce moment-là, le gouvernement ne soutiendra plus Gustav Klimt.
Le soutien officiel n’est plus là et Klimt est attaqué de toutes parts. La Jurisprudence, quant à elle, est considérée comme une oeuvre trop complexe, et qui comporte trop d’allégories pour le public. Elle est vue comme un travail raide. Elle crée même la division dans le groupe de la Sécession. En 1904, l’œuvre est interdite à l’exposition universelle de Saint Louis.
Face à ce refus, il décide de ne plus travailler avec l’Etat. Il répond clairement à ses détracteurs par un tableau en 1902 : Poissons rouges.

Poissons rouges (1902).

Poissons rouges n’est pas le titre initialement prévu pour cette œuvre.
Sur les conseils de ses proches, il choisit ce titre à la place d’un titre plus explicite :
A mes critiques. Le message reste clair. Des femmes provocantes sont peintes. La plus imposante se positionne dos au spectateur, au premier plan, nue, et le regarde avec un air malicieux.
Après cela, un groupe d’idéalistes se réunit autour de lui. La faveur du public n’est plus si évidente. En 1903, une rétrospective de son œuvre est organisée. C’est une réussite mais elle n’est pas suffisante pour « redorer » le blason de Gustav Klimt aux yeux du grand public. Dès lors, il devient un peintre de cour pour la haute bourgeoisie. Il fait beaucoup de paysages et d’atmosphères sur un format carré.  
Le groupe de la Sécession, quant à lui, se disloque après avoir pourtant réussi à gagner une place de choix. Les visions au sein du groupe sont divergentes. Les missions fixées ont été perdues de vue.
En 1905, le groupe qui s’était formé autour de Gustav Klimt se retire de la Sécession et fonde L’alliance autrichienne des artistes. Il en deviendra le président.
En 1904, juste avant ce bouleversement officiel, il réalise une œuvre d’envergure à l’occasion d’une exposition autour de Ludwig van Beethoven. Elle marque un tournant dans l’art de Gustav Klimt...
Mais nous la verrons dans un prochain article !
Bérengère.

jeudi 13 mars 2014

Gustav Klimt : 1ère partie



Il est né en 1862, et mort le 6 février 1918, quelques mois avant la fin de la première Guerre Mondiale. Son pèreest graveur et orfèvre, il gagne modestement sa vie, et sa mère est d’origine viennoise. 
On connaît de lui surtout ses peintures, mais il ne faut pas oublier qu’il a produit de très nombreux dessins (plus de 3 000).
Son œuvre est le reflet d’une société en pleine transition, d’une Vienne qui passe du XIXème siècle à la modernité du XXème. L’Empire Austro-hongrois est en plein décomposition et restructuration.
En arts, cette transition est très perceptible à Vienne, et notamment grâce au travail de Klimt et de ses amis. En effet, en cette fin de XIXème siècle, les goûts dominants à Vienne sont des œuvres qui s’inspirent de l’Antiquité classique, avec des sujets tirés de la mythologie antique et de la Bible, et avec une réalisation des toiles très académique.
L’œuvre de Klimt va suivre les évolutions de son temps, mais c’est même lui qui va initier Vienne à de nouvelles formes de peinture. J'ai décidé de « partager » son œuvre en 4 grandes périodes : ses débuts, la Sécession, la période dorée et le fauvisme. Il est important de souligner ici que plusieurs de ses toiles, dont certaines extrêmement célèbres, ont été détruites lors d’un incendie en 1945 : ces toiles avaient été mises à l’abri dans une maison aux alentours de Vienne, pour les protéger des ravages de la guerre, mais hélas, le feu s’est emparé de celle-ci.
Je finirai cette introduction en citant le conseil que donne Klimt à ceux qui veulent comprendre son œuvre :
« Quiconque veut me connaître en tant qu’artiste (et c’est le seul sujet qui puisse présenter un certain intérêt) devra analyser soigneusement mes tableaux et essayer d’en déduire qui je suis et ce que j’essaie de faire ».

1)               Œuvres de jeunesse 
Klimt a d’abord suivi les enseignements de l’Ecole des Arts et des Métiers de Vienne. Il y entre en 1876, et avec lui ses frères. Là, il apprend de nombreuses techniques pratiques, mais suit aussi de nombreux cours théoriques qui permettent d’appréhender les œuvres d’art. A cette époque, on enseigne aux élèves l’historicisme, qui est une façon de lire les œuvres par rapport à un épisode mythologique, religieux ou historique. Il suit des cours d’histoire de l’art, où il étudie tous les styles du passé. Klimt acquiert donc de solides connaissances sur l’art et sur ses prédécesseurs.
Il est donc tout naturellement d’abord influencé par l’art antique classique et la peinture académique. Il commence à se faire connaître très jeune à Vienne, et les gens apprécient beaucoup ses toiles, qui respectent tous les codes du bon goût de l’époque.  Il gagne donc une excellente notoriété à Vienne, et reçoit même de nombreuses commandes de la part du gouvernement.
Voici quelques-unes de ses œuvres de jeunesse :
-         La Fable : 1883, huile sur toile, 84,5 x 117 cm.
-         Idylle : 1884, huile sur toile, 49.5 x 73.5 cm.



L'Idylle est un des très bons exemples qui montrent le style classique qu’adopte Klimt dans ses premières œuvres. Un médaillon central avec une jeune femme vêtue d’un simple vêtement blanc très échancré, peut-être Vénus, donne à boire à deux enfants, peut-être des Amours. Ce médaillon est encadré à gauche et à droite de la représentation de deux hommes nus, avec les jambes aux positions quasiment symétriques. Ils sont nus, certes, mais ils correspondent également aux canons de la beauté des Grecs anciens, notamment dans leurs sculptures. Deux éléments d’architecture renforcent encore l’esthétique classique du tableau, avec le détail des lettres gravées dans la pierre.
-         Sapho : vers 1888-1890, huile sur toile, 39 x 56 cm.
Voici un autre exemple très classique : Klimt représente une célèbre poétesse grecque, Sapho, en vêtements antiques, avec une lyre, et un personnage qui pourrait représenter une Muse. Derrière elle se trouvent une colonne et une statue sur la gauche, qui accentuent le côté antique du tableau.
-         La salle de l’ancien Burgtheater : 1886-88, gouache sur papier, 82 x 92 cm.
Klimt, pour cette œuvre, a réalisé plus de 1500 dessins préparatoires pour dessiner et peindre à la perfection des personnalités connues de Vienne à l’époque et les placer dans la salle de théâtre. Il obtient grâce à cette toile le Prix de l’Empereur en 1890.


  Mais Klimt, avant de passer à la période suivante, amorce déjà un tournant dans son style qui traduit un changement d’esthétique que l’on retrouvera plus tard dans ces œuvres. Nous verrons cela dans la deuxième partie de cet article, "la Sécession". Tout un programme!

 Bérengère

samedi 21 décembre 2013

L'Islam au musée du Louvre

J'ai découvert le musée du Louvre grâce à une sortie en 6e avec le collège. Evidemment, nous avions visité le département sur l'Egypte car nous l'avions étudié en cours d'histoire-géographie. Je me souviens d'avoir été impressionnée par le bâtiment ; à cette époque, la pyramide n'existait pas encore, la polémique viendrait plus tard. Aujourd'hui, elle est intégrée au décor et elle fait partie du lieu comme si elle avait toujours été là. Mes souvenirs sont lointains mais le sarcophage d'une momie est toujours présent dans mon esprit.
Je suis retournée depuis plusieurs fois dans ce musée que j'aime beaucoup malgré sa taille impressionnante. Aujourd'hui, en plus avec le site internet, nous pouvons préparer notre visite et cibler les départements à découvrir ou à redécouvrir.
Fin novembre, je voulais découvrir le département sur l'Islam ouvert en 2012.  Je trouvais très beau l'architecture extérieure pensée par deux hommes : Rudy Ricciotti et Mario Bellini qui ressemble à une "aile de libellule".

 Ainsi, quand on arrive dans cet espace de 3000m2, on est sous l'aile de libellule ce qui donne une lumière particulière au lieu. Ce premier niveau se trouve en rez-de-cour où sont exposés de très beaux objets dans de jolies vitrines. Ainsi vous pouvez découvrir des aiguières ( des vases à eau) qui servaient pour les bains et notamment celle du trésor de Saint-Denis qui est datée fin Xe siècle - début XIe siècle. Ce modèle est fait d'un seul bloc avec des oiseaux incrustés dessus. 

A l'étage inférieur, j'ai découvert des objets incroyables, notamment des boîtes ouvragées avec une multitude de tiroirs où on imagine ranger des bijoux plus précieux les uns que les autres.
Un objet m'a particulièrement fascinée : un chandelier aux canards et aux félins.



Ce chandelier immense mesure 34 cm de hauteur pour un diamètre maximum de 35.5 cm. On pourrait penser qu'il est lourd mais en fait, il est réalisé dans une seule feuille de métal et il n'a pas de fond. La technique utilisée est le repoussé. "La technique consiste à mettre en forme les reliefs par l'intérieur de la surface métallique, afin d'obtenir des motifs visibles à l'extérieur." Cet objet vient d'Iran et il est daté de la seconde moitié du XIIe siècle. 
Je pourrais vous citer encore d'autres objets plus fascinants les uns que les autres mais je vous invite à aller les découvrir par vous-même car la scénographie est faite de façon intelligente et intéressante.

mardi 4 juin 2013

Le Caravage (1571 - 1610)

Aujourd'hui, je vais vous parler de... non, je vous vois venir, pas de caravanes! Mais d'un peintre italien. Ci-dessous, représenté par Ottavio Leoni (on ne connaît pas la date d'exécution du portrait). N'est-il pas mignon?

De son vrai nom Michelangelo Merisi da Caravaggio, né en 1571 à Milan et mort en 1610 à Porto Ercole. Le nom Caravage vient d’une petite ville, Caravaggio, dont sont originaires ses parents.
Au début des années 1600, il connaît un succès exceptionnel. Et même après lui, ses élèves et admirateurs créent le courant du caravagisme. Il part très rapidement s’installer à Rome, où il voit son caractère et ses attitudes changer. Il porte l’épée, signe de la vieille noblesse, et se pavane dans les rues.
Il est affublé d’une réputation des plus sulfureuses : il se met à dos l’Eglise par ses frasques (supposées ou réelles, le doute plane encore). Il est réputé pour être un bagarreur insatiable, violent, injurieux, mais doté d’un génie incroyable, audacieux et persévérant.
En 1606, il tue un homme lors d’un duel, ce qui lui vaut une condamnation à mort. Il fuit la ville pour parcourir l’Italie. Mais, jusqu’à sa mort, il n’aura de cesse de se faire pardonner pour retourner dans la capitale qu’il aime tant.
En 1609, de retour à Naples, il prend part à une bagarre de rue où ses adversaires le laissent pour mort. La nouvelle de son décès arrive jusqu’à Rome, mais il survit, et continue de peindre, jusqu’à sa disparition en 1610. D’ailleurs, les circonstances même de sa mort sont issues de légendes. Il apprend en 1610 que le Pape veut le gracier. Pour lui, c’est l’inespéré retour à Rome ! Il se jette dans le premier canot venu en partance pour la capitale, mais, lors d’une escale, il est emprisonné pour plusieurs jours. Donc il reprend la route à pied, alors qu’il a encore une distance d’environ cent kilomètres à parcourir. La légende veut qu’il se soit éteint en marchant sur une plage, en plein soleil…
Sa peinture est novatrice et révolutionne tout le XVII ième siècle : naturalisme, réalisme parfois brutal, érotisme troublant (jeunes hommes). L'emploi du clair-obscur voire du ténébrisme donne une dimension inconnue ou presque à l'époque. (Le ténébrisme pousse le fond noir à son maximum, pour un contraste encore plus marqué que pour le clair-obscur.)
Ses tableaux traduisent au plus près les émotions des personnages, qui vivent dans le mouvement et les sentiments, même lorsque ce sont des représentations de thèmes bibliques. 
Voici quelques uns de ses thèmes les plus emblématiques :les faits religieux et la mort


Le sacrifice d'Isaac (vers 1597-98) / La conversion de Saint-Paul (vers 1604) / La crucifixion de Saint-Pierre (vers 1604)
Le visage d'Isaac, sur le point de se faire égorger par son père; mais aussi la tension dans la main d'Abraham qui tient le couteau, la détermination et la douleur que l'on peut lire dans ses yeux...
Saint-Paul, qui vient de tomber de son cheval sous le coup de l'illumination divine; on ne voit que le cheval, qui reflète la lumière, qui semble venir du Ciel, pour se poser délicatement sur Saint-Paul. C'est un type de composition de tableau inconnu à cette époque. 


Même chose pour Saint-Pierre, condamné à être crucifié la tête en bas. On a, à hauteur des yeux, les pieds sales et le derrière de l'ouvrier qui essaie de soulever la croix sur son dos! C'est totalement inouï pour l'époque de représenter un moment aussi grave de cette manière.

Judith et Holopherne (vers 1598) / David avec la tête de Goliath (vers 1606-07)
Judith qui décapite Holopherne dans son sommeil : le visage de Judith est à la fois déterminé mais aussi dégoûté par ce qu'elle fait, elle a un mouvement de recul de la tête. La surprise qui se lit sur le visage d'Holopherne est d'un réalisme effrayant.
La tête de Goliath est en fait un autoportrait de Caravage. David semble sorti de nulle part, avec une expression de triomphe sur le visage. Il tient fermement la tête de Goliath, pour exhiber sa victoire.
Bref, vous l'aurez deviné, j'adore ce peintre, qui a su, à son époque, montrer toute l'étendue de son génie.
Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez consulter l'ouvrage que nous avons sur lui à la bibliothèque : 



Bérengère

vendredi 3 mai 2013

Giotto


Si j'écris ce poste sur Giotto aujourd'hui, c'est parce que le Musée du Louvre propose une exposition sur ce peintre / sculpteur / architecte / pâtissier / magicien / funambule... (d'accord j'arrête) du 18 avril au 15 juillet 2013. 
Je vous laisse découvrir la présentation de l'expo par le musée lui-même ici.
Giotto (1267 – 1337) est né à Vespignano, et est mort à Florence. Il a tout simplement révolutionné la peinture par des techniques peu connues à l’époque, voire inconnues, comme la perspective. Je dis respect, là.



Sa statue au piazzale des Offices à Florence
Le père de Giotto, Bondone, était un paysan. La légende raconte qu’un jour le petit Giotto gardait les chèvres. Cimabue, grand maître peintre de l’époque, passant par là, surprend le marmot en train de dessiner une chèvre sur un rocher, et là, patatras !!! le dessin est tellement beau que Cimabue prend Giotto comme élève.
S'ensuit une vie de patachon, de ville en ville, de succès en succès. L'élève dépasse rapidement le maître. Il va à Assise, où là il déploie un réel talent pour la peinture de scènes religieuses ; puis il débarque à Rome ; à Rimini ; et même à Padoue. Il meurt à Florence, auréolé de gloire, et fut enseveli dans la cathédrale dont il a été lui-même l'architecte. Il réalise de nombreuses œuvres qui pour la plupart n'ont pas survécu au temps. Il a peint de nombreuses fresques d'églises, comme celles de la vie de Saint-François, à Assise.
La grande prouesse de Giotto est de s’affranchir des codes du Moyen-âge et d’insuffler de la vie, des mouvements dans ses toiles. Au Moyen-âge, les personnages sont toujours statiques, et la perspective est inexistante. Giotto met l’accent sur les relations entre les personnages, leurs positions sur les toiles sont plus humaines, plus vivantes. On dit qu’il tend vers le naturalisme.  



La Dame à la Licorne, exposée au Musée national du Moyen-âge, fin XV° siècle (à gauche) et L'hommage d'un homme simple de Giotto, vers 1296 (à droite)

Apprécions la différence entre ces deux œuvres. A gauche nous avons une tapisserie dans le plus pur style médiéval : la Dame à la Licorne. Tous les personnages sont sur le même plan, les expressions faciales de la dame et des animaux sont extrêmement figées et peu naturelles. Les arbres n'ont aucun relief. Mais si on passe à l’œuvre de droite, on voit tout autre chose : les personnages ne sont pas tous sur le même plan, ils ont des postures différentes, celles de personnes en train de discuter pendant qu'un homme étend son manteau devant les pieds de Saint-François d'Assise. Ils ne sont pas non plus représentés de face, comme le voulait la norme.
Ces caractéristiques vont révolutionner l’art de la peinture, qui seront reprises puis améliorées à la Renaissance. En effet, en rendant ses toiles plus "humaines", il a, sans le vouloir, créé le principe même de la Renaissance : l'humanisme. Si ça, c'est pas la classe totale!
Bref, un peintre à découvrir ou redécouvrir avec grand plaisir lors de cette exposition au Musée du Louvre! Je vous invite également à venir consulter l'ouvrage que nous possédons sur Giotto, sa vie son œuvre les mouettes et les abeilles :




Bérengère.